Quand… Georges Pompidou était Président !!!

Publié le 7 Mai 2017

En ce deuxième tour de présidentielle, portrait dun  président atypique  

 

Les élections de juin 1969 furent les plus ternes et les moins disputées de la Cinquième république. La gauche, foudroyée après Mai 68, n’était pas en état d’opposer une candidature sérieuse. Elle se présentait d’ailleurs en ordre dispersé avec quatre candidats. Georges Pompidou (Montboudif, 5 juillet 1911 – Paris, 2 avril 1974), héritier naturel du Général, n’avait pour adversaire sérieux que l’aimable et insignifiant président du Sénat Alain Poher. Ce dernier avec sa rondeur méridionale aurait eu toutes ses chances sous les républiques défuntes.

Élu avec près de 58 % des voix, Pompidou avait fait mieux que le Général en 1965. Il avait su réunir, au-delà de la famille gaulliste, les Giscardiens et une partie des centristes. Les électeurs de gauche avaient boudé le scrutin, ne voulant pas choisir entre Blanc Bonnet et Bonnet Blanc.

POMPIDOU, UN PARCOURS ORIGINAL

Le dix-neuvième président de la République offrait un parcours original : celui d’un brillant agrégé de lettres, amateur de poésie, qui avait dirigé la banque Rothschild et était devenu un fidèle du Général sans avoir participé à la Résistance. S’il avait longtemps porté beau, Pompidou avait forci l’âge venant. Le physique aigu, acéré, presqu’étrange avait pris une rondeur bonhomme. Rastignac s’était métamorphosé en César Birotteau. Mais sous les sourcils broussailleux, le regard restait vif et moqueur.

Si Charles de Gaulle rêvait de grandeur, Georges Pompidou souhaitait plus simplement le bonheur des Français. « Les peuples heureux n’ont pas d’histoire » avait-il dit un jour.

Ce partisan du quinquennat devait réaliser, malgré lui, son vœu en décédant la cinquième année de son septennat. Ce décès qui surprit l’opinion publique eut des conséquences durables sur le calendrier électoral : les élections présidentielles qui se tenaient logiquement en décembre devaient désormais avoir lieu au printemps1.

UN PRODUIT DE LA MÉRITOCRATIE RÉPUBLICAINE

Georges Pompidou était un pur produit de la méritocratie républicaine. Comme devait l’écrire Henry Kissinger2 :

Dans ses yeux prudents, ombragés de sourcils broussailleux, transparaissait le scepticisme d’un enfant d’Auvergne, cette rude région de France où les paysans ont survécu à une histoire orageuse en se gardant de faire trop confiance à la générosité des voisins.

Descendant de paysans analphabètes, ce fils d’instituteur socialiste du Cantal révéla très tôt d’étonnantes facilités pour les études. Brillant et dissipé, il eut longtemps une réputation de dilettante et de paresseux. Il monta à Paris pour faire Normale Sup en passant par Louis Le Grand. C’est là qu’il rencontra celle qui devait partager sa vie. Claude Cajour, issue d’une excellente famille bretonne, l’initia à l’art moderne. Il y croisa également Léopold Sédar Senghor et participa à la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste.

Reçu premier à l’agrégation de lettres, diplômé de l’École libre des Sciences politiques, il commença une carrière d’enseignant qui fut brièvement interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Dès juin 1940, il avait retrouvé son poste au lycée Henri IV. Il ne prit aucun parti ni dans un sens ni dans un autre pendant l’Occupation. Vaguement socialiste avant guerre, il était devenu gaulliste de sentiment pendant le conflit.

UN PROCHE DU GÉNÉRAL

À la libération, « béat d’admiration », il entra au cabinet du général de Gaulle, qui présidait le gouvernement provisoire. La recommandation d’un de ses condisciples de Normale Sup le fit ainsi pénétrer dans le cercle des proches du Connétable. Très vite, il devait gagner l’entière confiance du Général.

Sans participer au RPF, il resta proche des gaullistes et se vit confier le poste de secrétaire général de la Fondation Anne de Gaulle. Il faisait désormais partie des proches du Général dont il devint chef de cabinet (1948-1953).

Maître des requêtes au Conseil d’État sans avoir jamais étudié le droit, banquier chez Rothschild sans qualification particulière, il devait montrer dans ses deux emplois toute l’étendue de ses capacités. Gagner la confiance de Guy de Rothschild comme celle de Charles de Gaulle n’était pas à la portée de n’importe qui.

Avec le retrait du général de toute politique active, il dirigea la Banque Rothschild avec beaucoup de compétence sans négliger pour autant son premier amour, la littérature. Dès son retour aux affaires, Charles de Gaulle lui confia de nouveau la direction de son cabinet (juin 1958-janvier 1959). Il contribua ainsi à l’élaboration de la Constitution.

Dans les débuts de la nouvelle république, il mena de front sa présence au Conseil constitutionnel, son travail chez Rothschild et la rédaction d’une Anthologie de la poésie française.

LE PREMIER MINISTRE DU GÉNÉRAL

Avec la fin de la guerre d’Algérie et le départ de Michel Debré, Charles de Gaulle décida d’en faire son nouveau Premier ministre le 14 avril 1962. Goguenard, Pompidou déclarait :

Je ne voulais pas devenir Premier ministre mais nous vivons sous une dictature et chacun doit faire ce qui est ordonné.

Le choix du Général ne devait rien au hasard : « Bien que son intelligence et sa culture le mettent à la hauteur de toutes les idées, il est porté par nature, à considérer surtout le côté pratique des choses » ainsi le décrivait de Gaulle.

Pour sa première prestation dans l’enceinte parlementaire, il n’impressionna guère. Hésitant, il lut assez mal son texte d’investiture. Pompidou ne fut jamais un grand orateur. De plus la nomination d’un « féal des Rothschild » suscitait une sainte indignation.

Il devait pourtant être le plus durable des chefs de gouvernements de toutes les républiques confondus. Bien que son gouvernement ait été renversé par l’Assemblée le 5 octobre, le Général le confirma dans le poste. Il fit de même après sa réélection comme président de la République en 1965.

Totalement inconnu des Français, Georges Pompidou devait vite imposer sa personnalité de paysan madré à l’humour sarcastique. Moins colbertiste que Michel Debré, le Premier ministre donna une tonalité plus libérale à la politique économique du gouvernement. Le plan devint plus incitatif. « L’économie ne se dirige pas comme une parade » aimait à dire celui qui trouvait le Général trop volontariste.

LE CHEF DE LA MAJORITÉ

Face à un président vieillissant, il apparut peu à peu comme « l’homme dont on attend beaucoup pour demain et après-demain » selon les mots de Chaban-Delmas. Après l’élection présidentielle de 1965, il s’imposa comme le chef de la majorité parlementaire dans la prévision du renouvellement de l’Assemblée.

Aux élections de 1967, celui qui n’avait été jusqu’alors qu’un homme de cabinet et d’influence se lança ainsi dans la bataille électorale. Lui qui n’avait eu de mandat qu’au conseil municipal de Carjac fut élu député du Cantal.

Le Général se réservant la politique extérieure, le Premier ministre joua un rôle de plus en plus déterminant dans les affaires intérieures.

En mai 1968, Pompidou montra toute l’étendue de ses talents de négociateur associé à un inaltérable sang-froid. Face à un de Gaulle tonnant mais impuissant, il prônait la discussion, les compromis, l’apaisement. « Le général n’existe plus ; de Gaulle est mort, il n’y a plus rien. »

Enfin, il conseilla la dissolution de l’Assemblée nationale, mesure beaucoup plus efficace que le projet gaullien de référendum.

Le succès aux élections de juin 1968 fut ainsi largement son œuvre. De Gaulle ne lui pardonna ni d’avoir eu raison pendant la crise ni de s’être imposé comme le « chef de la majorité ». Il le remercia du jour au lendemain.

Néanmoins, le Général se crut obligé de lui remettre une lettre où il déclarait :

Je souhaite… que vous vous teniez prêt à accomplir toute mission ou à assumer tout mandat qui pourrait vous être un jour confiés par la nation.

La traversée du désert de Pompidou après son départ de Matignon (10 juillet 1968) devait être brève.

A suivre

Rédigé par Section UDI Asnières sur Seine

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