"La France ne peut être la complice passive d’un génocide"

Publié le 11 Octobre 2015

Nous devons accueillir 100 000 Syriens et Irakiens et assortir cet accueil d’un programme d’intégration. Sur le terrain, une opération au sol est incontournable pour détruire Daech, avec le concours de la Russie et de l’Iran.

La crise migratoire que traversent le Proche-Orient et l’Europe donne lieu à un spectacle d’impuissance de nos gouvernants et à une agitation pseudo-guerrière pour détourner l’attention des peuples du drame qui se joue. Dans ce doublé de la honte, la France et François Hollande ont malheureusement une large part, laquelle serait juste ridicule s’il ne s’agissait pas d’un si grand drame humanitaire.

L’impuissance pour les citoyens de l’Europe qui constatent avec stupeur (et souvent avec peur) l’incapacité de nos dirigeants nationaux à gérer cette crise, faute de l’avoir anticipée, d’en avoir mesuré l’ampleur et d’accepter de la gérer en commun. Quand on refuse de gérer, on se condamne à subir la pire des situations.

Les démagogues flattent les peurs en voulant faire croire que le rétablissement de frontières nationales serait une solution efficace. Et nos gouvernants n’offrent aucune solution alternative sérieuse qui puisse concilier nos valeurs humanistes et le nécessaire réalisme politique. Ils devraient pourtant rappeler que du temps où les frontières nationales étaient encore surveillées, cela n’a jamais empêché l’immigration clandestine de les franchir, tout autant que depuis les accords de Schengen. Comme toujours, populistes et extrémistes vendent du mensonge sans réalité.

Une fois de plus, dans les discours nationaux, on reproche à l’Europe de ne rien faire pour juguler cette crise. C’est juste oublier que les mêmes gouvernants nationaux n’ont confié aucun rôle à l’Europe en la matière, si ce n’est de surveiller un peu ce qui se passe au large des côtes italiennes. Cette impuissance à laquelle nous assistons n’est pourtant pas une fatalité. Nous pouvons nous donner ensemble les moyens de gérer tant les migrations économiques que les crises humanitaires comme celle que nous traversons.

Les réglementations différentes sur le droit d’asile, l’absence d’un corps de gardes frontières européens pour surveiller ensemble nos frontières extérieures, le manque d’un fichier commun des non-Européens en demande de titre de séjour, la déresponsabilisation de chaque pays lorsqu’il accorde un visa « Schengen », ou encore le manque de volonté pour imposer une vraie coopération de la part des pays d’origine sont autant de failles qui rendent illusoire toute politique efficace pour gérer les migrations en direction de notre continent. Ce n’est donc pas de moins d’Europe dont nous avons besoin dans ce domaine-là aussi, mais de plus d’unité et d’une gestion fédérale des migrations, au moins pour ce qui concerne les pays de l’espace Schengen.

CESSER L’HYPOCRISIE

Mais la crise actuelle est d’une autre nature. Pour gérer cette crise, nous devons avoir le courage de distinguer trois situations différentes qui doivent recevoir chacune leur réponse appropriée. D’abord, les demandeurs d’asile politique, persécutés chez eux en fonction de leur engagement politique, culturel, religieux, syndical ou médiatique, ont un droit imprescriptible à être accueillis, conformément à nos traditions et à nos valeurs. On doit rendre le traitement des demandes plus efficace et plus rapide en appliquant le rapport de la sénatrice (UDI) Valérie Letard et du député (UDI) Arnaud Richard.

Ensuite, les migrants économiques qui tentent de venir illégalement en Europe doivent évidemment être systématiquement raccompagnés dans leurs pays d’origine, vis-à-vis desquels l’Union européenne devrait conditionner toute aide au développement à l’acceptation et à la facilitation de leur retour.

Enfin, il y a les Syriens et les Irakiens et tous ceux qui fuient le génocide que les barbares de Daech (acronyme arabe de l’Etat islamique) font subir aux minorités religieuses et aux vrais musulmans. Ceux-là doivent être considérés comme on le faisait des juifs allemands entre 1933 et 1939. A part la famille Le Pen, qui aurait songé à leur fermer la porte pour les condamner aux camps ? Les Le Pen de l’époque ! Qui oserait aujourd’hui les mettre dans un charter pour les livrer aux mains de leurs bourreaux égorgeurs ? Ces victimes d’un génocide ne cherchent pas à améliorer leur vie, ils ne cherchent qu’à sauver leur peau ! Comme le disait Brecht, se réfugiant en France : « Nous ne sommes pas des immigrants, nous sommes des proscrits. »

Dans sa conférence de presse, François Hollande n’a cessé de répéter qu’il faisait des choix. Je l’exhorte à prendre enfin des décisions courageuses. Au lieu de pinailler sur 12 000 réfugiés par an, il doit affirmer que la France refuse d’être complice passive d’un génocide et qu’elle est prête à accueillir 100 000 réfugiés syriens et irakiens dont la vie est menacée. Naturellement, ils doivent être autorisés à travailler sur notre sol dès leur arrivée. Le ministère de l’intérieur doit mobiliser les collectivités, les associations, les religions, les syndicats mais aussi les entreprises dans ce défi humanitaire.
Tant que cette situation d’urgence existe, notre pays ne pouvant accueillir toute la misère du monde, nous devons suspendre les demandes de regroupement familial et une large part de l’immigration économique, qui représentent aujourd’hui environ 120 000 personnes par an.

Après avoir reconstitué leurs forces, ces réfugiés doivent suivre des cours intensifs de français et sur notre histoire. Afin de faciliter leur insertion et, en lien avec l’aide financière qui leur est allouée, ils doivent fournir un travail d’intérêt général au profit des communes qui les accueilleront tant qu’ils n’ont pas d’emploi.

Notre président devrait organiser une conférence de pays donateurs pour financer les conséquences de cette crise. Les pays du Golfe, les Etats-Unis notamment ne peuvent se laver les mains alors qu’ils ne sont pas étrangers à son déclenchement. C’est urgent à l’heure où le budget du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) est exsangue et où les Etats européens ont les difficultés financières et économiques qu’on connaît.

Enfin, il faut cesser l’hypocrisie dans la lutte contre Daech. La barbarie se combat de toutes ses forces. Pas un responsable militaire sérieux ne prétendra que les frappes aériennes permettront de détruire Daech et rétablir une situation acceptable dans la région. Or, Daech est la cause de la crise migratoire. C’est aussi un risque incroyable sur la stabilité du Liban et de la Jordanie, avec les conséquences imprévisibles si Israël se sent menacé. Laisser à nos ennemis un tel sanctuaire en disposant de villes, de ressources pétrolières, de systèmes financiers, de moyens de propagande, de centres d’entraînement pour préparer des attaques contre nous, fait preuve d’un aveuglement coupable.

Quoique en disent nos dirigeants, on viendra à une intervention au sol, surtout si des attentats massifs se développent en Occident. Pourquoi donc attendre ? Le président de la République doit militer auprès de ses collègues pour que se forme une coalition autour des pays de la région, avec le soutien de l’OTAN et si possible de la Russie pour battre militairement Daech. Pour dessiner une sortie de guerre dans ces pays, il faut réintégrer l’Iran, la Turquie et la Russie dans la recherche d’une solution politique sans nécessairement s’arc-bouter sur le rétablissement des Etats existants antérieurement.

Il n’existe pas de fatalité qui nous oblige à assister impuissants à un génocide, à refuser de secourir ceux qui en sont victimes, à laisser des barbares préparer leurs attaques contre nous, à prendre le risque d’un embrasement plus grand encore de la région. Un président de la République doit avoir le courage de le dire aux Français, même quand c’est à rebours de l’opinion.

La tribune de Jean-Christophe Lagarde sur LeMonde.fr

Rédigé par Section UDI Asnières sur Seine

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