Pour une Europe Alternative

Publié le 24 Mai 2014

Après la chute du mur de Berlin, et depuis le milieu des années 1990, l'illisibilité de la gouvernance européenne, les égoïsmes, l'absence de pédagogie nourrissent le repli sur soi. Pourtant, les Européens ont besoin de s’unir pour promouvoir les valeurs et les principes démocratiques face aux puissances émergentes ou l’islamisme. Notre sécurité ne peut pas être uniquement assurée par les États-Unis. Récolter les fruits de la mondialisation impose de produire et pas seulement de consommer ou de circuler. En France, l'absence de débat est assourdissant. Les offres politiques sont régressives ou tout au mieux immobilistes.

Les anti-européens proposent le rejet du modèle communautaire. Les partis extrêmes en sont porteurs. Plus inquiétant, une partie de la gauche et de la droite est tentée par le retour au souverainisme. Pourtant, les fondements de cette offre sont la cause de nos difficultés. L'alliance des uns contre les autres, sans référence à l'intérêt général, a conduit au déclin et au désastre en Europe par le conflit et la guerre.

Certains proposent la création des États-Unis d'Europe. Si j'en partage la finalité, il est impossible en l'état de l'opinion publique de la mettre en œuvre. Les Européens ne veulent pas de nouveaux transferts de pouvoir vers une UE qui réglemente à l'excès. On ne peut pas créer par le haut. Ce n'est pas crédible. Il faut, avant tout, des actes concrets pour regagner le cœur des citoyens et s'engager dans une Europe plus intégrée.

Il y a l'offre qui ne change rien. Qui appelle à relancer l'emploi et la croissance alors que le budget représentant moins d'1 % du PIB des États-membres est engagé jusqu'à 2020. Le remplacement des personnes ne constitue pas une politique alors que se réduisent les programmes renforçant l'appartenance européenne. Si l'immigration est une priorité la réponse après le drame de Lampédusa ne peut-être la création d'une commission qui rendra son rapport pour juin 2014. La Commission Européenne manque de fermeté et de courage dans la négociation avec les États-Unis surtout par manque d'unité des gouvernements nationaux. Cette Europe là est bloquée. Les citoyens y perdent de la souveraineté et l'administration fonctionne sans contrôle, sans impulsion du politique.

Que proposer ?

Il y a urgence. Revenons aux sources de l'Europe proposée par Jean Monnet et Robert Schuman. Cette Europe est avant tout un projet politique, construite sur des valeurs et des idées simples comme la liberté d'entreprendre. Comme la solidarité qui a présidé la création de la CECA, de la Politique Agricole Commune et des programmes comme Erasmus doit être réaffirmée. Le principe de subsidiarité qui précise les responsabilités des échelons de territoire doit permettre au local de convenir de ce qui lui convient.

Recentrons l'action européenne sur les enjeux de fond.

Tout d'abord la politique de l'énergétique, la Hongrie achète 30 % plus cher le gaz à la Russie que l'Allemagne. Face à ces divisions européennes la Russie, via Gazprom, règne. Négocions globalement d'égal à égal, c'est un intérêt communautaire.

La ré-industrialisation doit être une priorité. Cette politique, en France, est encore imaginée au travers de pôles de compétitivité nationaux. Les pôles doivent être européens, se concentrant sur la recherche et le développement, organisant la solidarité avec les territoires qui ne bénéficieraient pas de leur implantation.

Pour aller vers une politique de défense, il est nécessaire de favoriser les accords industriels, seuls levier pour construire une politique européenne.

L'éducation et l'apprentissage pour les jeunes comme pour les adultes doit s'ouvrir. Cette compétence exclusive nationale pourrait se co-partager avec l'Union Européenne.

Faisons également l'évaluation des politiques européennes, financièrement mais aussi en matière d'impact sur la vie des personnes. En Grèce ou en Lituanie la construction d'infrastructures avec les fonds européens génère des déficits publics par la maintenance et de l'entretien de ces équipements.

Redonnons de la souveraineté aux peuples européens en renforçant la légitimité des acteurs socio-économiques et des associations. Soutenons les initiatives citoyennes en créant un commissaire européen aux initiatives citoyennes.

Cette nouvelle voie politique existe. Proposons une Europe alternative, sans toucher aux traités, en redéfinissant les responsabilités et en se centrant sur les véritables enjeux communautaires. L’Europe est un projet politique, c'est un projet d'avenir. Osons dire OUI à l'Europe.

Gilles Le Bail


Directeur associé de Vision&Action
Administrateur de l'Atelier de la République

Rédigé par Section UDI Asnières sur Seine

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