Publié le 16 Juin 2017

Projet de loi de moralisation de la vie publique : réaction de Laurent Hénart, Président du Parti Radical : « Il faut aller beaucoup plus loin ! »

Le projet de loi de moralisation de la vie publique qui a été présenté par le Ministre d’Etat, garde des Sceaux mercredi en Conseil des ministres, se veut être un « texte fondateur, global pour la confiance dans la vie démocratique », qui « renforce la transparence et le pluralisme politique ».

 

Le contenu du projet de loi semble hélas loin de cette ambition. Pour Laurent Hénart, Président du Parti Radical, «la révision constitutionnelle ne va pas assez loin : nos institutions ont besoin d’un rééquilibrage des pouvoirs trop concentrés entre les mains de l’exécutif en faveur du renforcement du Parlement avec des Députés et Sénateurs moins nombreux mais plus influents. Le pluralisme politique ne pourra être véritablement respecté qu’en introduisant la proportionnelle pour les élections législatives. Nous sommes également favorables au retour au septennat non renouvelable pour le Président de la République, afin de redonner un sens aux élections législatives ».

 

Enfin, s’agissant de la réforme du financement public de la vie politique, et au regard des avis du Conseil d’Etat, « il n’y aucune réelle innovation, alors qu’une réflexion mériterait d’être menée sur la place des partis politiques dans notre démocratie. Il manque surtout l’instauration d’un véritable statut de l’élu qui le mette à l’abri des tentations ».

 

Le Parti Radical souhaite que ce projet de loi aille beaucoup plus loin et  soit plus constructif en ce sens.

Publié le 12 Juin 2017

 

C’est l’abstentionnisme qui est le grand vainqueur du scrutin. Encore plus qu'en 2002, 2007 et 2012 c'est la majorité automatique au Président qui a joué.

​Cette élection devenue ainsi sans enjeu rend les abstentionnistes majoritaires. C'est le Parlement qui se trouve affaibli voire transformé en chambre d'enregistrement.

​C'est pourquoi,​ les Radicaux lancent un appel à la mobilisation électorale pour changer la donne et permettre le pluralisme politique à l'Assemblée nationale, qui reste la garante de la vitalité de notre démocratie.

​L​es quinquennats précédents nous ont démontré l’inefficacité du parti unique​. Pour que notre pays avance, pour que les Français retrouvent confiance en leurs institutions, la pluralité des expressions et des opinions doivent s’exprimer dans l’hémicycle et corriger d'éventuels excès de l'exécutif. A défaut, les contre-pouvoirs s'exprimeront ailleurs et plus violemment : rue, presse, réseaux sociaux.

Si nous avons certes​ des points de convergences avec le Président, nous avons aussi des points de divergences notamment en matière de fiscalité, de travail et d'aménagement du territoire. L'Assemblée nationale doit être le lieu où se noue une majorité d'intérêt national pour enfin réussir les réformes trop longtemps différées.​ Les Radicaux y prendront toute leur part afin que ce quinquennat soit utile à notre pays.

Publié le 22 Mai 2017

 Les cabinets ministériels sont devenus, au fil du temps, sous la Vème République, de véritables shadow cabinets, au sens propre du terme. Autrement dit, derrière les apparences respectables et légitimes offertes par les ministres, les décisions techniques sont très souvent prises par les directeurs de cabinet ou les conseillers qui tendent à se substituer aux administrations et aux ministres pour réglementer ou légiférer.

Ce gouvernement de l’ombre obéit d’ailleurs à un formalisme relatif, avec ses réunions interministérielles et son réseau de conseillers qui fonctionnent souvent avec une relative coordination.

En nommant des ministres sans expérience ou issus de la société civile, Emmanuel Macron a bien senti le danger : face à des personnalités démunies devant l’extrême technicité des dossiers, la technostructure se régale et tend à prendre le pouvoir. Pour répondre au danger, les ministres ont souvent la tentation de recruter des cabinets ministériels pléthoriques, qui ne font qu’aggraver le mal, en coupant définitivement le ministre de la réalité concrète des services dont il a la charge.

Les premiers jours du quinquennat méritent ici d’être regardés de près, tant ils illustrent la croisée des chemins où se trouve le projet de « renouvellement jusqu’au bout » annoncé par Emmanuel Macron.

MACRON TENTE D’ÉVITER LES DÉRIVES PAR UN DÉCRET PRÉSIDENTIEL INÉDIT

On saluera l’innovation d’Emmanuel Macron pour éviter les dérives des shadow cabinets. Il s’est fendu aujourd’hui d’un décret présidentiel pour encadrer le fonctionnement de ceux-ci. C’est la première fois qu’un gouvernement doit obéir à un décret présidentiel sur le sujet. Traditionnellement, les règles sont fixées par une circulaire du Premier ministre.

Le décret Macron limite à dix conseillers le volume d’un cabinet ministériel, et précise les règles de transparence inédites qui s’appliquent à l’exercice :

Cet arrêté, publié au Journal officiel, précise les titres des personnes concernées et l’emploi auquel elles sont appelées au sein du cabinet. Nul ne peut exercer des tâches au sein d’un cabinet ministériel s’il ne figure sur cet arrêté.

On suivra dans la durée l’application de ce texte. Une spécialité des gouvernements consiste en effet à sombrer rapidement dans une inflation des conseillers et dans le recrutement de « clandestins » qui, officiellement, appartiennent aux services ordinaires mais sont en réalité affectés auprès du ministre. Il faudra voir si, dans quelques mois, face à la charge de travail, le gouvernement Philippe ne retombe pas dans les travers habituels des équipes précédentes.

UNE CURIEUSE CARTOGRAPHIE DES DIRECTEURS DE CABINET

Face à ces tentations, les cabinets risquent de ne pas résister longtemps. Ce qu’on sait d’eux aujourd’hui est déjà très significatif d’une tendance contre laquelle le Premier ministre devra lutter, puisque le décret Macron confie à celui-ci le soin d’en assurer le respect. Ici, la situation ne manque pas d’être croustillante.

À Matignon, Édouard Philippe a choisi un directeur de cabinet qui appartient à la même promotion ENA que lui, et qui, en 2002, fut conseiller technique de Raffarin à Matignon. À Bercy, Bruno Le Maire a également choisi un énarque, Emmanuel Moulin, pour diriger son cabinet. L’intéressé fut également en cabinet sous Sarkozy, dont il fut d’ailleurs le conseiller économique. Gérald Darmanin a pour sa part retenu Jérôme Fournel, en son temps conseiller budgétaire de Luc Ferry alors ministre de l’Éducation. Nicolas Hulot a quant à lui retenu Michèle Pappalardo, conseillère à la Cour des Comptes… et ancienne des cabinets Barnier et Bachelot.

On le voit, les principaux cabinets du gouvernement sont à ce stade tenus par des conseillers de droite. On comprend que, pour le Président, il existe un enjeu de fait à recentrer l’action des ministres au sein de leur département ministériel. Il ne faudrait pas que les cabinets reconstituent une ligue de droit dissoute et biaise les options politiques du gouvernement.

REPENSER LE STATUT DES MEMBRES DES CABINETS MINISTÉRIELS

Sur le fond, il reste un tabou essentiel autour des cabinets ministériels : ils sont les principaux vecteurs d’une regrettable politisation de la fonction publique. Jusqu’ici, le passage en cabinet s’est en effet imposé comme le préalable à toute nomination comme directeur d’administration centrale (ceux-là même que Macron veut soumettre à un salutaire mais encore timide spoil system).

Or, l’un des vices de l’État, et l’une des raisons de sa profonde obsolescence, tient à l’esprit de Cour qui accompagne la politisation de la haute fonction publique, à cause de laquelle des personnalités parfois médiocres ont accaparé les postes grâce à leur servilité au pouvoir. C’est ce mal-là qu’il faut combattre, et ce n’est pas une mince affaire.

Pour y parvenir, le président de la République aurait pu prendre des mesures plus novatrices. Par exemple, le bon sens voudrait qu’un fonctionnaire soit obligé de se mettre en disponibilité lorsqu’il rejoint un cabinet ministériel. Il devrait être clair, dès son arrivée, qu’il lui sera interdit de tenir le moindre poste de directeur dans l’administration qu’il a dirigée auprès du ministre. Ces mesures techniques permettraient d’enrayer la politisation des administrations.

On n’en est pas là. Mais déjà, si Emmanuel Macron parvient à mettre effectivement en oeuvre son décret, on pourra s’en féliciter. Même si ce décret est un début, et non une fin.

Publié le 22 Mai 2017

 

Jusqu’à mercredi 17 mai dernier, Jean-Michel Blanquer était le Directeur général du groupe ESSEC. Ayant dans mon entourage une ancienne élève de cette école, sa nomination comme ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement d’Édouard Philippe a naturellement capté mon attention et suscité ma curiosité.

UN MINISTRE DÉSAPPROUVÉ PAR NAJAT VALLAUD-BELKACEM ET JEAN-LUC MÉLENCHON

La ministre sortante, Najat Vallaud-Belkacem (NVB), fut l’auteur d’une réforme du collège et d’une refonte des programmes très contestée l’une et l’autre tant elles institutionnalisent le nivellement par le bas des élèves, alors que les classements internationaux nous sont de plus en plus défavorables. Ayant appris qu’elle avait fait une moue spectaculairement dépréciatrice en apprenant le nom de son successeur, j’ai été prise d’un grand élan de sympathie envers le nouveau ministre et j’ai surtout eu l’envie d’en savoir plus sur lui, sur ses idées et sur ses intentions.

Jean-Luc Mélenchon a également fait part de sa totale désapprobation. En expert indépassable des formules et des amalgames qui frappent, il a prestement instrumentalisé le fait d’avoir dirigé une grande école de commerce comme la preuve de la marchandisation du savoir et des élèves qui sera forcément à l’oeuvre, selon lui, avec un tel ministre à l’Éducation nationale – tout en nous livrant au passage son surmoi totalitaire sur l’école dont l’objectif devrait être de « fabriquer » des humains (à son image, j’imagine) :

Si Jean-Michel Blanquer est fréquemment associé à la droite – et de fait, il fut directeur adjoint du cabinet du ministre de l’Éducation nationale Gilles de Robien de 2006 à 2007 sous Chirac, puis directeur général de l’enseignement scolaire de 2009 à 2012, soit le numéro 2 de l’Éducation nationale auprès de Luc Chatel, ministre de Sarkozy – il est avant tout un spécialiste reconnu des questions d’éducation.

Suite à sa nomination, les principaux syndicats d’enseignants n’ont certes pas manqué de rappeler qu’il avait participé aux suppressions de postes de l’ère Sarkozy et qu’il était aussi l’auteur des funestes évaluations organisées à l’époque en CE1 et CM2, officiellement pour faire un bilan du niveau des élèves, et officieusement, selon les syndicats, pour – horresco referens !! – évaluer les professeurs.

UN HOMME DE CONVICTION

Mais dans l’ensemble, de façon plus sérieuse et moins caricaturale que Jean-Luc Mélenchon, ils saluent « un homme de conviction, pragmatique, qui connaît le terrain ». Ils se déclarent « prêts à s’asseoir autour de la table » et pensent que leurs objectifs et ceux du nouveau ministre sont les mêmes :

 

Faire réussir tous les élèves et diminuer les inégalités avec un vrai souci de l’école de la République et l’idée que tous les élèves sont capables. (Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp, syndicat majoritaire dans le primaire)

 

Vendredi matin sur France Inter, Jean-Michel Blanquer a regretté les petites polémiques nées de sa nomination et les étiquettes politiques qu’on veut lui accoler à toute force. Il a réaffirmé qu’il ne s’était jamais engagé en politique et qu’il n’avait jamais milité dans aucun parti. Très en phase avec la philosophie générale d’Emmanuel Macron, il considère qu’il faut se rassembler car « le clivage droite gauche n’a aucun intérêt pour l’école. »

Ce qui l’intéresse, c’est de parler des élèves, et ce qu’il demande, c’est qu’on regarde ce qu’il a fait, ce qu’il a dit et ce qu’il a écrit :

Ce que j’ai fait c’est toujours de me consacrer aux élèves, et notamment les plus défavorisés. Ce qui m’intéresse, c’est d’arriver à la vraie égalité, au vrai progrès et pas me payer de mots.

Cette petite mise au point étant faite, le nouveau ministre a pu développer quelques-uns des grands principes qu’il envisage de mettre en oeuvre rapidement : oui, l’autorité des maîtres va de pair avec l’épanouissement des élèves ; oui, les classes bilangues seront rétablies ; oui, le récit national doit être positif mais il doit surtout être chronologique afin de donner des repères, notamment aux plus petits ; et oui, les classes de CP et CE1 seront bien dédoublées dans les zones d’éducation prioritaire dès la rentrée, conformément à la promesse du candidat Macron.

D’après Blanquer, cette dernière réforme n’est pas une lubie, elle correspond à ce qui, dans le passé, a montré de l’efficacité. Il insiste énormément sur la nécessité de faire des expérimentations, de les évaluer et de poursuivre si les résultats sont concluants.

DES RÉFORMES FONDAMENTALES

Pour lui, il est fondamental de s’intéresser aux enfants dès le plus jeune âge, au moment où le langage et le vocabulaire s’installent, l’objectif étant que tous les élèves sortent du CP en sachant lire, écrire et compter, avec le bénéfice que les professeurs des classes supérieures du primaire et du collège hériteront d’élèves disposant de fondamentaux bien ancrés. Naturellement, cela implique qu’il faudra recruter des enseignants pour ces niveaux de départ, quitte à faire des économies sur une simplification des années lycée et du bac.

Concernant les rythmes scolaires, autre réforme très contestée du quinquennat précédent, Blanquer revendique le plus grand pragmatisme (un de ses maîtres-mots) et une concertation totale entre les mairies et les établissements scolaires. Il insiste sur le fait que le ministère doit apporter du soutien aux acteurs de la communauté éducative, pas les contrôler depuis Paris :

 

Si j’ai un appel à faire aux professeurs – j’en suis un moi-même, je leur dis : votre créativité, votre volonté d’agir sont libérées. Faites, proposez, l’institution est là pour vous aider.

Dès lors, il importe de libérer le système, en donnant de l’autonomie aux établissements pour recruter et s’organiser, toujours sur la base du pragmatisme et de l’évaluation de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas.

Jean-Michel Blanquer a développé toutes ses idées dans deux livres parus aux éditions Odile Jacob : L’école de la vie en 2014 et L’école de demain* fin 2016.

Dans le premier, il décrypte les enjeux des quatre stades de l’école : la maternelle ou le « métier de vivre », l’école élémentaire ou « un socle pour la vie », le collège ou le passage « du collège unique au collège commun » et le lycée ou le « lycée de la liberté ». Le titre de l’ouvrage a été choisi afin de montrer l’aller et retour nécessaire entre l’expérience et la connaissance, ainsi que pour transmettre un message d’optimisme dans le fait que notre système n’est pas condamné à rester le « mammouth » en phase terminale qu’on déplore sans trop savoir qu’en faire.

Jean-Michel Blanquer insiste également beaucoup sur les expérimentations scientifiques qu’il a menées avec l’École d’économie de Paris. En particulier, celle qui a cherché à voir comment associer plus étroitement les familles à la scolarité des enfants. Ceci s’est traduit par des réunions avec les parents pour les sensibiliser aux enjeux des devoirs à la maison, aux méthodes d’apprentissage, etc…. Cette implication des parents a eu un impact sur les élèves qui a été mesuré, d’abord dans 50 établissements, puis dans 1300.

Pour Blanquer, il est important d’avoir une vraie méthode scientifique pour évaluer les actions, et une vraie méthode expérimentale pour transformer les essais en les élargissant si ça marche.

REDESSINER LE SYSTÈME SCOLAIRE

Le second livre est un véritable programme ministériel. Élaboré en collaboration avec l’Institut Montaigne, il est si proche des mesures phares d’Emmanuel Macron en matière d’éducation qu’on croirait qu’il a été écrit pour lui.

En 150 pages, ce livre redessine l’intégralité du système éducatif de la maternelle au lycée, en redistribuant les moyens, les pouvoirs et les attributions des différents corps. Mais Jean-Michel Blanquer n’envisage pas cela comme une révolution, comme on le lui objecte souvent, mais comme :

Un modèle éducatif équilibré, mélange réussi de tradition et de modernité, d’épanouissement et de rigueur.

Tout en s’appuyant sur les acquis de l’expérimentation scientifique, ce modèle éducatif tourne autour de quatre grands principes : l’autorité, l’autonomie, les fondamentaux et la hiérarchisation.

Cette dernière notion inquiète la plupart des tenants des pédagogies actuelles car elle implique la formation au sein des classes de « groupes de compétence » dont ils redoutent qu’ils puissent devenir des « groupes de niveau » défavorables aux élèves défavorisés.

Elle implique aussi la mise en concurrence des établissements, notion « commerciale » qui rejoint la critique mélenchoniste citée plus haut. Jean-Michel Blanquer n’est cependant pas dans une logique de privatisation du système mais dans une logique de délégation accrue qui permettrait « d’accomplir mieux le service public en responsabilisant davantage les acteurs. »

Des sites éducatifs hostiles tels que Le café pédagogique estiment que :

La personnalité de l’auteur, son parcours, le soutien de l’Institut Montaigne, ses appuis au sein du ministère font de J. M. Blanquer un ministre potentiel et de son ouvrage un livre programme pour un président soucieux de réduire le budget de l’Éducation nationale et de mettre au pas la machine éducative.

Selon moi, cette critique virulente d’une transformation de l’Éducation nationale dont les mauvais résultats sont de plus en plus préoccupants n’est pas autre chose que le pendant éducationnel de tous les freins qu’on voit se lever contre la réforme du Code du travail alors que le chômage de masse s’installe ou contre la nécessaire mise à la diète de l’État-providence alors que notre dette caracole à presque 100% du PIB.

Jean-Michel Blanquer apparaît vraiment comme quelqu’un de très expérimenté dans le domaine de l’éducation pour lequel il professe passion et enthousiasme. Des qualités qui lui seront infiniment nécessaires pour insuffler un peu de liberté dans les rouages crispés de notre éducation nationale.

Nous lui souhaitons tout le succès possible, en espérant qu’il aille encore plus loin dans la souplesse et la liberté. Par exemple en mettant fin aux rigidités de la carte scolaire dans l’enseignement public, et en actant un début de fin du monopole de l’Education nationale en autorisant les expériences éducatives les plus variées, destinées à tous les profils d’enfants et de parents, comme cela existe dans les études supérieures à travers toutes les écoles qui se développent de façon autonome parallèlement aux nouveaux métiers que les technologies de l’information font émerger.

 

 

Publié le 18 Mai 2017

Ramener les politiques à la réalité du monde actuel et les empêcher de cantonner l’individu dans les rêvasseries idéologiques ne peut qu’être ressenti comme un progrès.

 

"L'onde de choc Emmanuel Macron ", « Le siphonnage des élus par En marche » ! On pourrait aligner les qualificatifs employés par les médias pour évoquer la recomposition du paysage politique.

Voici seulement six mois, la composition du nouveau gouvernement n’aurait pas pu faire partie des rêves les plus fous. Pourtant, il s’agit simplement de tenter de travailler ensemble au bien du pays. Mais les leaders des partis ne l’entendent pas de cette oreille.

BATTRE L’ADVERSAIRE, LA PETITE AMBITION DES PARTIS

Les partis politiques traditionnels (LR, PS en particulier) sont assimilables à des écuries de formule 1. Il faut maîtriser la technique du métier, être tactique et mettre les meilleurs pilotes au volant. Il s’agit de battre l’adversaire par une meilleure performance.

En formule 1, le critère de la réussite est simple : franchir le premier la ligne d’arrivée. Pour un parti politique, le critère est tout aussi élémentaire dans son principe : avoir un maximum d’élus aux diverses élections et, si possible en France, conquérir la Présidence de la République.

AU DIABLE L’INTÉRÊT GÉNÉRAL !

Il n’était plus question depuis des lustres de l’intérêt général. Car l’intérêt général, ce n’est pas vendeur. D’autant que sa définition relève du pragmatisme pur et de compromis de gestion permettant de trouver approximativement la meilleure façon de vivre ensemble.

Pragmatisme, gestion, compromis ? Des mots horribles pour les partis. Il convient bien au contraire d’utiliser un vocabulaire de conquête, d’être un guerrier. Il faut avoir des adversaires et pour les plus sectaires des ennemis. Le parti politique doit justifier son existence par un combat. Les militants doivent lutter pour la victoire.

MYSTIFIER DES MILITANTS POUR EXISTER

Piètre victoire ! Misérable lutte ! En vérité, tous les problèmes sont résolus par des compromis dans les démocraties des pays riches.

Entre le compromis de droite et le compromis de gauche, il y a l’épaisseur d’une feuille de papier bible. Mais il ne faut surtout pas le dire car cette réalité remettrait en cause l’existence même des écuries concurrentes et la puissance de leurs leaders.

Et comment trouver des militants sinon pour mener le combat pour l’égalité, pour la liberté, contre l’étranger ? Un militant de base doit coller des affiches le soir et distribuer des tracts dont personne ne veut. Pas drôle du tout ! Une activité aussi peu gratifiante ne peut que reposer sur une croyance, presque une mystification.

LA FRAGILITÉ NON PERÇUE DES PARTIS

La communication d’un parti se résume à quelques concepts élaborés par des think tanks spécialisés puis déclinés en slogans grand public. Mais lorsque les slogans, plus ou moins rénovés, aboutissent élection après élection à la régression d’un pays tout entier, le citoyen de base commence à se poser des questions.

Les citoyens étant très nombreux et le nombre de militants plutôt squelettique, à partir d’un certain degré de déliquescence du système, la crédulité des citoyens s’estompe et il suffit d’un leader charismatique pour ébranler l’édifice.

Mais les dirigeants des partis, biberonnés à la politique politicienne durant des décennies restent pour la plupart inconscients de la fragilisation de leur organisation.

VISION STRATÉGIQUE

« Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? ». Ils n’ont rien vu et l’exécution a bien eu lieu. Macron le technocrate, Macron le banquier ne pouvait pas être un danger.

Pour les chefs de partis, l’intelligence et le charisme ne suffisaient pas pour remettre en cause leur suprématie. De leur point de vue, il fallait surtout de l’habileté tactique pour nager au milieu des requins.

Pas de chance, avec Macron ils sont tombés sur un stratège, quelqu’un qui voit loin et qui a analysé avec maestria leurs faiblesses. Une vision stratégique remplace les petites manœuvres d’appareils destinées principalement à entraver l’adversaire.

POSITIVER

Les Mélenchon et Le Pen poursuivront bien évidemment leurs harangues politiciennes. Leur fonds de commerce tourne encore car la crédulité d’un pourcentage significatif de citoyens ne peut disparaître par magie.

Les révolutionnaires de salles de congrès continueront donc leur révolution en chambre et le négativisme tous azimuts va survivre.

Mais les autres – socialistes, centristes, droite de gouvernement – vont devoir travailler ensemble, discuter, élaborer des compromis acceptables, bref faire le travail qu’ils n’ont pas fait (ou pu faire pour certains) pendant des décennies. Il faudra positiver, comme le conseillait un slogan publicitaire. Enfin !

CONSTRUIRE ET NON S’OPPOSER

Les libéraux ne peuvent que se réjouir d’une telle évolution. L’ADN libéral ne comporte pas le gène de l’addiction au politique, bien au contraire. Le libéralisme privilégie toujours le contrat sur le statut, le compromis négocié sur la solution imposée d’en haut.

Ramener les politiques à la réalité du monde actuel et les empêcher de cantonner l’individu dans les rêvasseries idéologiques ne peut qu’être ressenti comme un progrès.

Et ne venez pas me dire que ce n’est pas assez ! Voilà exactement comment réagissaient les vieux partis en décomposition pour refuser une loi dont ils approuvaient pourtant l’orientation.

Il faut savoir construire pierre après pierre. Pour peut être avoir un édifice .

Publié le 18 Mai 2017


 

Il aurait été franchement dommage de partir sans laisser de cadeaux. C’est très sûrement ce que se sont dit les fines équipes hollandaises dans la dernière semaine du quinquennat du président flambiste, à tel point qu’elles ont multiplié les mesures de dernière minute pour s’assurer de boucler les affaires courantes et les petits dossiers brûlants. Le président Macron n’a pas encore ouvert les jolis paquets colorés mais gageons que les surprises feront des heureux.

Prenez le tirage au sort en guise de « sélection » à l’université : que voilà une idée lumineuse, éminemment bisou-compatible, et qui assure une amélioration notoire du niveau des étudiants pour la prochaine rentrée ! Non seulement cela va encourager les uns et les autres à travailler en amont puisque bon ou mauvais, chacun aura sa chance, mais en plus, cela garantira une saine variété des prérequis universitaires qui promet, à terme, une excellence des étudiants et une forte remotivation des enseignants.

Mais ici, on ne parle que d’éducation. C’est un sujet relativement badin dont le président Macron ne fera qu’une bouchée, entre deux apéricubes républicains que les prochaines semaines lui promettent. C’est un sujet léger même, comparé à celui, plus lourd et certainement plus sensible, de la nouvelle fiscalité créative que Bercy entend mettre en place dans les prochains mois.

Vous n’en avez pas entendu parler ? Vous ne voyez pas de quelle créativité je veux parler ? Allons, je sais que la campagne présidentielle, palpitante à force de rebondissements, vous aura probablement focalisé sur un avenir qu’on sent de plus en plus agité, mais tout de même, qui pouvait oublier que, depuis plusieurs années, tout le monde s’est mis en tête, au sommet de l’État, de trouver de nouvelles façons de ponctionner le contribuable ? Qui pouvait omettre que Sapin et sa brochette de génies travaillaient dur à la mise en place du prélèvement à la source ?

 

Eh oui, rappelez-vous : dès 2015, on trouvait déjà cette envie gravée dans la feuille de route de nos énarques fiscalisateurs. À l’époque, le chantier était lancé en fanfare alors même que, pourtant, quelques doutes planaient sur la capacité de l’État à mener à bien un projet informatique de cette ampleur. Certains méchants commentateurs ne se sont d’ailleurs pas privés, les vils, de noter qu’en la matière, les administrations concernées n’avaient jusqu’à présent guère démontré leur maîtrise de l’outil informatique.

Il est vrai que si l’on passe pudiquement sur l’actuelle informatisation de la saisie des impôts français, qui fait quelque peu frémir celui qui a connu la gestion internet d’impôts outre-France, l’État français s’est tout de même illustré par quelques foirages retentissants. L’informatique du RSI, grande et belle administration qui rappelle systématiquement les meilleurs passages de Fantasia où des hippopotames tentent de danser avec grâce (l’analogie s’arrête là tant le film de Disney est beau et l’informatique du RSI immonde) ; la fusion des Assedic avec l’ANPE, voilà encore un beau cas d’école d’une grande réussite informatique ; Louvois, ce logiciel de gestion de la solde des militaires qui n’a jamais réussi qu’à augmenter celle des sociétés contractantes ; le logiciel de l’Opérateur National de Paie, chargé de s’occuper de la paie de millions de fonctionnaires français, et qui n’aura finalement jamais vu le jour ; bref, autant d’exemples gratinés (il y en a d’autres) que notre administration, confrontée à l’informatique, réalise des miracles en termes de performances budgétaires et de gestion de projet…

 

Dans ce cas, si le passé est un quelconque indicateur de l’avenir, la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu promet donc de grands moments de solitude au contribuable français, malgré l’assurance que tout se passerait bien proférée avec aplomb en mars 2016 par Christian Eckert et sa troupe d’équilibristes fiscalistes survitaminés, date à laquelle la décision est fermement actée, sans possibilité de retour arrière. Et malgré quelques passes d’armes en novembre de l’année dernière, le projet est donc entériné par l’Assemblée, sous les applaudissements et au milieu d’une liesse populaire évidente tant ceci était réclamé de toutes parts.

 

Le président Macron va donc devoir faire avec un projet qu’on sait déjà coûteux, extrêmement complexe, pas réellement populaire et qui peut très fortement déraper vers le n’importe quoi explosif comme en ont témoigné les précédents exemples.

On comprend que le pauvret, mis devant le fait accompli, ait poussé l’idée d’un bon gros audit de tout le tremblement, confirmé par Benjamin Grivault, le porte-parole d’En marche ! … Malheureusement, l’équipe sortante a absolument tout fait pour que ce projet se réalise puisque le ministre du Budget sortant a signé mercredi dernier les décrets entérinant ce prélèvement à la source, rendant tout report relativement compliqué.

Audit ou pas, les petits Français vont goûter à une nouvelle façon de se faire ponctionner et Macron va devoir gérer ce qui ressemble déjà de loin à un petit souci, et de près à une grosse, une énorme catastrophe industrielle : tous les ingrédients semblent en effet réunis pour faire un maximum de mécontents, même si tout se passe bien, et un maximum de dégâts si cela se passe mal.

Outre l’évident surcoût pour les entreprises qui, dans cette nouvelle méthode de ponction, se retrouvent à gérer l’impôt pour le compte du Moloch, se pose la question de la confidentialité des données entre les salariés et les services de paie qui devront tout savoir de ce dernier pour établir un relevé fidèle de l’impôt à payer. L’impôt français étant de surcroît calculé en tenant compte de la situation maritale, les possibilités d’erreurs sont quasiment infinies. Tant du côté des syndicats que des entreprises, l’impôt à la source revient à mettre en place une énorme usine à gaz qui touche à la fois aux ressources financières des personnes concernées qu’à une certaine partie de leur intimité (patrimoniale ou familiale, par exemple).

En réalité, il n’y a aucune chance que le passage au prélèvement à la source se passe sans problème.

Pire : il n’y a aucune chance que cela représente une véritable simplification.

Si le système informatique est aussi bien conçu que ce qui se trouve derrière la gestion des dossiers de Sécurité Sociale, d’indemnités chômage ou du RSI, de la solde des militaires ou des autres prouesses techniques de l’État français, des millions de contribuables vont connaître de folles aventures. Et toute simplification obtenue du côté du salarié le sera au détriment des entreprises qui vont devoir gérer une immense dose de complexité supplémentaire. Ça tombe bien : les entreprises françaises nageaient dans la simplicité.

Mais ne vous inquiétez pas : il ne fait aucun doute que ces problèmes seront largement résolus par tout l’appareil politique et administratif du pays, cornaqué de main de maître par un Macron déjà auréolé d’une gloire difficilement compressible dont la presse fait état sur des articles de plus en plus nombreux. On ne saurait imaginer une erreur de jugement sur un sujet aussi explosif. L’impôt à la source sera mis en place, tout se passera bien, et les contribuables pourront même pousser un petit soupir de soulagement en oubliant le tiers provisionnel.

Forcément, ça va bien se passer

Rédigé par Section UDI Asnières sur Seine

Publié dans #asnieres, #politique

Publié le 9 Mai 2017

 


Journée de l'Europe
Communiqué de Laurent HENART,
Président du Parti Radical, Maire de Nancy

 
En cette Journée de l’Europe, l'élection d'un Président de la République française europhile vient rappeler sans ambages l'attachement du peuple français à la construction européenne et raisonne dans le reste de l'Europe comme dans le monde.

Aujourd’hui, 27 états membres souhaitent poursuivre l’aventure commune. Pour les Radicaux il est essentiel d'oeuvrer à des réformes allant vers un réel fédéralisme européen avec notamment :

- Davantage de convergence fiscale et sociale, concrétisée par exemple la mise en place d'une politique européenne d'indemnisation du chômage et d'un contrat d'apprentissage commun à toute l'Union, qui contribueraient à réconcilier les citoyens avec l'Union européenne.

- La nomination d'un véritable Président de la zone euro sans mandat national, qui serait un véritable Ministre des finances européen et permettrait d'aller vers davantage d'efficacité économique.

- La création d'une politique européenne en matière d'immigration, visant à élaborer une politique commune en matière d'accueil des étrangers et d'asile, via notamment la mise en place d'un office européen de l'immigration et une police européenne de l'air et des frontières.

L’Europe n’est pas la victoire d’une partie des peuples sur l’autre ; elle est une construction de chaque instant pour le bien commun, et les Radicaux continueront à y prendre toute leur part.

Publié le 9 Mai 2017

 
Présidentielle 2017 : Réaction de Laurent HENART, Président du Parti Radical et Maire de Nancy

Le Parti Radical félicite Emmanuel MACRON pour son élection à la présidence de la République. 

Après le Brexit et l’élection de Donald Trump, ce résultat net marque l’attachement de la France à la République et à l’Europe. C’est aussi un signal optimiste envoyé au monde.

Toutefois, la situation de notre pays est périlleuse. L’importance des votes populistes au premier tour et de l’abstention comme des votes blancs et nuls ce jour, la propagation du « ni ni » et l’affaissement du barrage au Front National montrent les divisions de notre nation et la forte demande des Français d’une rupture historique.

Parce qu’il est sans doute la dernière occasion de réformer la France pacifiquement, ce quinquennat devra impérativement être utile au pays et apporter des changements clairs dans la vie de nos concitoyens. Dans ces cinq années cruciales, les Radicaux assumeront leurs responsabilités. 

Dorénavant, le Parti Radical va s’engager pleinement dans la campagne législative pour défendre ses propositions, rompre avec la politique de François Hollande, participer au renouvellement de l’offre politique française et bâtir une majorité parlementaire claire.

Un Bureau du Parti Radical se tiendra mardi pour préparer ces élections.
 

Publié le 7 Mai 2017

En ce deuxième tour de présidentielle, portrait dun  président atypique  

L’AFFAIRE MA RKOVIC

C’est alors qu’éclata la diabolique affaire Markovic3. Elle visait à démolir Pompidou en salissant l’image de son épouse. Les RG avaient fabriqué des photomontages montrant Claude Pompidou dans des postures scabreuses. Celle-ci recevait des lettres anonymes ordurières et était au bord du suicide. Seule la solidité du couple Pompidou leur permit de surmonter une épreuve aussi douloureuse.

« Ni place Vendôme, chez M. Capitant, ni à Matignon, chez M. Couve de Murville, ni à l’Élysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur » tel fut le constat amer de Pompidou. Deux rencontres avec le Général se passèrent mal. « Vous savez tout ce qu’il a trouvé à me dire, le père de Gaulle : ‘Pompidou, la presse est basse ! » confiait l’ancien Premier ministre à Viansson-Ponté.

L’implication de hautes personnalités gaullistes dans un complot visant à détruire Pompidou était indiscutable4. Le Général prêtait d’ailleurs une oreille complaisante aux rumeurs : « Les Pompidou se lancent trop avec les artistes et cela donne un genre qui n’est pas fameux. »

Aussi en janvier 1969, Georges Pompidou déclara-t-il publiquement son intention d’être candidat à la succession. Le président crut devoir répondre : « J’ai le devoir et l’intention de remplir mon mandat jusqu’à son terme. » La brouille était désormais publique et consommée.

LE SACRE RÉPUBLICAIN DE GEORGES POMPIDOU

Le jour de la prise de fonctions, le 20 juin 1969, Georges Pompidou suivit scrupuleusement le cérémonial.

En jaquette, il gagna l’Élysée où l’accueillit le Premier ministre sortant. Après avoir passé en revue la garde républicaine, il se dirigea vers le perron de l’Élysée où Alain Poher se tenait. En compagnie des présidents des assemblées et du grand chancelier de la Légion d’honneur, l’amiral Cabarier, il se rendit au salon des Ambassadeurs pour y recevoir les insignes de grand Maître de l’Ordre. Revêtu du lourd collier et de la plaque, il était désormais prêt pour le sacre républicain.

Sous la conduite du chef du protocole, il gagnait la salle des Fêtes où l’attendaient les corps constitués. Là, le président du conseil constitutionnel proclamait solennellement les résultats de l’élection présidentielle et l’intronisait officiellement.

Georges Pompidou pouvait dès lors prononcer sa première allocution officielle. Il s’inscrivit dans la filiation du Général : « Mon devoir m’est tracé par son exemple. »

Il ne lui restait plus qu’à accompagner le président par intérim sous le perron de l’Élysée. Une poignée de mains sous les flashes des photographes symbolisait la passation de pouvoirs. Président de plein titre, il allait accomplir quelques gestes éminemment régaliens : le passage en revue des troupes, la montée à l’Arc de Triomphe pour ranimer la flamme et fleurir la tombe du Soldat inconnu et enfin saluer le peuple massé aux abords de l’Avenue des Champs-Élysées

ARBITRE ET RESPONSABLE NATIONAL

Pompidou partageait la conception présidentielle du Général5.

Privé du charisme du fondateur de la Cinquième république, le chef de l’État sera amené à intervenir dans la direction de l’État de façon constante, permanente, et à maintenir par l’action quotidienne cette suprématie qu’il ne tiendra pas uniquement du suffrage universel.

Secret par tempérament comme beaucoup d’hypersensibles, Georges Pompidou avait un caractère autoritaire. Son air patelin, Raminagrobis disait François Mauriac, ne devait pas abuser. Comme il devait le confier à Alain Peyrefitte, il n’était ni Mac-Mahon ni Jules Grévy. Supprimant le cabinet, il fit du secrétaire général de l’Élysée son principal collaborateur. Parmi les conseillers, Michel Jobert comme Édouard Balladur étaient appelés à faire, par la suite, de grandes carrières gouvernementales. La montée en puissance des énarques, dont Jacques Chirac devait être le prototype, allait marquer son quinquennat.

Il choisit d’abord comme Premier ministre une figure politique de premier plan. Jacques Chaban-Delmas, gaulliste historique issu de la Résistance, était président de l’Assemblée nationale depuis 1958. Mais Chaban ne songeait nullement à remettre en question la tradition instaurée par de Gaulle : seul un « triste sire » répondit-il à Mitterrand refuserait de se retirer à la demande du Président de la république. Il abandonna ses fonctions sans réserve ni amertume dès que Pompidou lui fit part de sa volonté de changer de Premier ministre.

LA SUBORDINATION DU PREMIER MINISTRE

Jacques Chaban-Delmas avait fait une fameuse déclaration de politique générale le 16 septembre 1969. Se réclamant du gaullisme social, il évoquait une « nouvelle société ». Mais ce discours était trop abstrait et global pour un président partisan de réformes concrètes faites petit à petit. De plus, le chef du gouvernement avait parlé plus en président de la République qu’en Premier ministre.

Il resta de cette volonté réformatrice, la mensualisation des salaires, la transformation du SMIG en SMIC et le souci du dialogue social.

Néanmoins, la popularité de Chaban-Delmas lui permit de se maintenir en place. Le président se contenta de le court-circuiter en prenant en main la gestion des dossiers. Mais lorsque le Premier ministre décida de demander la confiance à l’Assemblée et obtint une écrasante majorité, le président se sentit menacé. Il accepta la démission de Chaban, trop à gauche à son goût, le 5 juillet 1972.

Le choix de Pierre Messmer marquera un retour à la conception du fidèle second. Ce gaulliste de la première heure, qui a déjà été ministre, avait l’avantage, outre sa parfaite intégrité, d’être un homme de devoir dépourvu d’ambition personnelle. Messmer refusa, d’ailleurs, de se soumettre à un vote de confiance de l’Assemblée soulignant combien le gouvernement émanait du Président.

LA FIN DES TRENTE GLORIEUSES

Sa présidence coïncida avec l’apogée des Trente Glorieuses. La croissance économique du pays était alors la plus forte d’Europe. Le niveau de vie des Français connaissait une hausse sans équivalent. Le bonheur était à l’ordre du jour. Une Belle époque se terminait, dont les Français ne devaient pas finir d’avoir la nostalgie.

Le bonheur du peuple tient en la prospérité. Et la prospérité c’est le travail.

Chantre du développement industriel, Georges Pompidou lança les débuts du train à grande vitesse, encouragea la construction d’autoroutes et la circulation automobile sur les berges de la Seine. Ayant travaillé dans le monde de l’entreprise, à la différence de tous les autres présidents de la Cinquième, il avait le souci de la modernisation de l’industrie française.

Il avait souligné, dès sa conférence de presse du 22 septembre 1969, sa volonté de libérer l’industrie « des contraintes excessives des contrôles a priori, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public, et instaurer et valoriser l’esprit d’initiative et l’imagination ».

Il ajoutait : « Je sais bien que certains trouvent que la rentabilité est une notion basse, honteuse. Eh bien ! elle s’impose partout, c’est évident ; le nier c’est puéril. »

LA PRISON DORÉE DE L’ÉLYSÉE

L’Élysée restait une prison dorée aux yeux du nouveau président. Il se montra vite agacé par l’excès de cérémonial même pour une opération aussi simple que d’emprunter l’ascenseur.

Quand je suis arrivé à l’Élysée, il y avait quelqu’un qui m’ouvrait la porte, quelqu’un qui montait avec moi, qui pressait le bouton (…). Je me sentais comme une espèce d’infirme ou un paquet qu’on transporte. J’essaie de rester un homme.

Néanmoins, à l’âge de la communication, Pompidou devait être le premier président à se montrer dans l’intimité avec son épouse qu’il appelait Bibiche. Devant les caméras de télévision, Georges Pompidou sirotait son whisky avant d’évoquer son amour de l’art contemporain, la clope pendouillant à ses lèvres.

Claude Pompidou, antithèse de la femme au foyer qu’incarnait Yvonne de Gaulle, aimait inviter les artistes au « château » : Pierre Soulages y côtoyait Françoise Sagan, Guy Béart ou Yves Saint-Laurent.

Le mobilier de la salle à manger, du fumoir, du salon subit un furieux coup de modernité sous les doigts design de Pierre Paulin. Des toiles de Kupka et Delaunay ornèrent les murs du salon.

Mais esprit pratique, Pompidou fit édifier une nouvelle cuisine pour les repas servis dans les appartements privés : il voulait manger chaud !

UNE NOUVELLE POLITIQUE ÉTRANGÈRE ?

Ne partageant pas l’hostilité du Général à la communauté européenne, Georges Pompidou avait annoncé son intention de laisser entrer le Royaume-Uni dans la CEE. La conférence de La Haye en décembre 1969 adopta ainsi son programme « achèvement, approfondissement, élargissement. »

Il eut le souci également de réserver son premier voyage à l’étranger aux États-Unis. Il devait rencontrer plusieurs fois Richard Nixon. Mais il continua néanmoins la politique de bonnes relations avec le Bloc de l’Est. Il se montrait ainsi soucieux de maintenir un certain équilibre entre les grandes puissances.

CE MALADE QUI NOUS GOUVERNE

Dès 1972, la santé de Georges Pompidou s’était sensiblement dégradée. Il souffrait d’un mal proche de la leucémie, soigné par des doses massives de cortisone. Le 3 janvier 1973, il dut recevoir les vœux de la presse assis, ne pouvant se tenir debout. Les Français découvraient, peu à peu, à la télévision, le visage bouffi d’un président malade. Il dut annuler sa présence à diverses manifestations. Les communiqués de l’Élysée évoquaient pourtant imperturbablement des « grippes à rechute ».

Depuis l’automne 1973, la France ressentait les effets du « choc pétrolier ». Mais privé d’un président vraiment actif, le gouvernement donnait une impression de flottement. Le président passait alternativement par des phases d’irritabilité et de laisser-aller. Et Pierre Messmer n’était pas homme à prendre des initiatives.

Son dernier conseil des ministres se fit sous l’œil des caméras de la télévision. Le 21 avril, le conseil des ministres fut annulé, puis tous les rendez-vous présidentiels. L’annonce de sa mort fut faite dans la soirée. Ce fut un choc pour les Français.

« Je ne veux ni fleurs, ni couronnes, ni monument funéraire » avait-il bien précisé. Ses obsèques se déroulèrent donc dans la plus stricte intimité. Seuls y assistaient la famille, les membres du gouvernement et ses proches collaborateurs. Georges Pompidou fut inhumé à Orvilliers où il possédait une maison de campagne.

Le Centre Beaubourg, Notre-Dame de la Tuyauterie pour ses détracteurs, voué à la création moderne et contemporaine, devait être l’héritage posthume de ce président atypique.

 

 

 

Publié le 7 Mai 2017

En ce deuxième tour de présidentielle, portrait dun  président atypique  

 

Les élections de juin 1969 furent les plus ternes et les moins disputées de la Cinquième république. La gauche, foudroyée après Mai 68, n’était pas en état d’opposer une candidature sérieuse. Elle se présentait d’ailleurs en ordre dispersé avec quatre candidats. Georges Pompidou (Montboudif, 5 juillet 1911 – Paris, 2 avril 1974), héritier naturel du Général, n’avait pour adversaire sérieux que l’aimable et insignifiant président du Sénat Alain Poher. Ce dernier avec sa rondeur méridionale aurait eu toutes ses chances sous les républiques défuntes.

Élu avec près de 58 % des voix, Pompidou avait fait mieux que le Général en 1965. Il avait su réunir, au-delà de la famille gaulliste, les Giscardiens et une partie des centristes. Les électeurs de gauche avaient boudé le scrutin, ne voulant pas choisir entre Blanc Bonnet et Bonnet Blanc.

POMPIDOU, UN PARCOURS ORIGINAL

Le dix-neuvième président de la République offrait un parcours original : celui d’un brillant agrégé de lettres, amateur de poésie, qui avait dirigé la banque Rothschild et était devenu un fidèle du Général sans avoir participé à la Résistance. S’il avait longtemps porté beau, Pompidou avait forci l’âge venant. Le physique aigu, acéré, presqu’étrange avait pris une rondeur bonhomme. Rastignac s’était métamorphosé en César Birotteau. Mais sous les sourcils broussailleux, le regard restait vif et moqueur.

Si Charles de Gaulle rêvait de grandeur, Georges Pompidou souhaitait plus simplement le bonheur des Français. « Les peuples heureux n’ont pas d’histoire » avait-il dit un jour.

Ce partisan du quinquennat devait réaliser, malgré lui, son vœu en décédant la cinquième année de son septennat. Ce décès qui surprit l’opinion publique eut des conséquences durables sur le calendrier électoral : les élections présidentielles qui se tenaient logiquement en décembre devaient désormais avoir lieu au printemps1.

UN PRODUIT DE LA MÉRITOCRATIE RÉPUBLICAINE

Georges Pompidou était un pur produit de la méritocratie républicaine. Comme devait l’écrire Henry Kissinger2 :

Dans ses yeux prudents, ombragés de sourcils broussailleux, transparaissait le scepticisme d’un enfant d’Auvergne, cette rude région de France où les paysans ont survécu à une histoire orageuse en se gardant de faire trop confiance à la générosité des voisins.

Descendant de paysans analphabètes, ce fils d’instituteur socialiste du Cantal révéla très tôt d’étonnantes facilités pour les études. Brillant et dissipé, il eut longtemps une réputation de dilettante et de paresseux. Il monta à Paris pour faire Normale Sup en passant par Louis Le Grand. C’est là qu’il rencontra celle qui devait partager sa vie. Claude Cajour, issue d’une excellente famille bretonne, l’initia à l’art moderne. Il y croisa également Léopold Sédar Senghor et participa à la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste.

Reçu premier à l’agrégation de lettres, diplômé de l’École libre des Sciences politiques, il commença une carrière d’enseignant qui fut brièvement interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Dès juin 1940, il avait retrouvé son poste au lycée Henri IV. Il ne prit aucun parti ni dans un sens ni dans un autre pendant l’Occupation. Vaguement socialiste avant guerre, il était devenu gaulliste de sentiment pendant le conflit.

UN PROCHE DU GÉNÉRAL

À la libération, « béat d’admiration », il entra au cabinet du général de Gaulle, qui présidait le gouvernement provisoire. La recommandation d’un de ses condisciples de Normale Sup le fit ainsi pénétrer dans le cercle des proches du Connétable. Très vite, il devait gagner l’entière confiance du Général.

Sans participer au RPF, il resta proche des gaullistes et se vit confier le poste de secrétaire général de la Fondation Anne de Gaulle. Il faisait désormais partie des proches du Général dont il devint chef de cabinet (1948-1953).

Maître des requêtes au Conseil d’État sans avoir jamais étudié le droit, banquier chez Rothschild sans qualification particulière, il devait montrer dans ses deux emplois toute l’étendue de ses capacités. Gagner la confiance de Guy de Rothschild comme celle de Charles de Gaulle n’était pas à la portée de n’importe qui.

Avec le retrait du général de toute politique active, il dirigea la Banque Rothschild avec beaucoup de compétence sans négliger pour autant son premier amour, la littérature. Dès son retour aux affaires, Charles de Gaulle lui confia de nouveau la direction de son cabinet (juin 1958-janvier 1959). Il contribua ainsi à l’élaboration de la Constitution.

Dans les débuts de la nouvelle république, il mena de front sa présence au Conseil constitutionnel, son travail chez Rothschild et la rédaction d’une Anthologie de la poésie française.

LE PREMIER MINISTRE DU GÉNÉRAL

Avec la fin de la guerre d’Algérie et le départ de Michel Debré, Charles de Gaulle décida d’en faire son nouveau Premier ministre le 14 avril 1962. Goguenard, Pompidou déclarait :

Je ne voulais pas devenir Premier ministre mais nous vivons sous une dictature et chacun doit faire ce qui est ordonné.

Le choix du Général ne devait rien au hasard : « Bien que son intelligence et sa culture le mettent à la hauteur de toutes les idées, il est porté par nature, à considérer surtout le côté pratique des choses » ainsi le décrivait de Gaulle.

Pour sa première prestation dans l’enceinte parlementaire, il n’impressionna guère. Hésitant, il lut assez mal son texte d’investiture. Pompidou ne fut jamais un grand orateur. De plus la nomination d’un « féal des Rothschild » suscitait une sainte indignation.

Il devait pourtant être le plus durable des chefs de gouvernements de toutes les républiques confondus. Bien que son gouvernement ait été renversé par l’Assemblée le 5 octobre, le Général le confirma dans le poste. Il fit de même après sa réélection comme président de la République en 1965.

Totalement inconnu des Français, Georges Pompidou devait vite imposer sa personnalité de paysan madré à l’humour sarcastique. Moins colbertiste que Michel Debré, le Premier ministre donna une tonalité plus libérale à la politique économique du gouvernement. Le plan devint plus incitatif. « L’économie ne se dirige pas comme une parade » aimait à dire celui qui trouvait le Général trop volontariste.

LE CHEF DE LA MAJORITÉ

Face à un président vieillissant, il apparut peu à peu comme « l’homme dont on attend beaucoup pour demain et après-demain » selon les mots de Chaban-Delmas. Après l’élection présidentielle de 1965, il s’imposa comme le chef de la majorité parlementaire dans la prévision du renouvellement de l’Assemblée.

Aux élections de 1967, celui qui n’avait été jusqu’alors qu’un homme de cabinet et d’influence se lança ainsi dans la bataille électorale. Lui qui n’avait eu de mandat qu’au conseil municipal de Carjac fut élu député du Cantal.

Le Général se réservant la politique extérieure, le Premier ministre joua un rôle de plus en plus déterminant dans les affaires intérieures.

En mai 1968, Pompidou montra toute l’étendue de ses talents de négociateur associé à un inaltérable sang-froid. Face à un de Gaulle tonnant mais impuissant, il prônait la discussion, les compromis, l’apaisement. « Le général n’existe plus ; de Gaulle est mort, il n’y a plus rien. »

Enfin, il conseilla la dissolution de l’Assemblée nationale, mesure beaucoup plus efficace que le projet gaullien de référendum.

Le succès aux élections de juin 1968 fut ainsi largement son œuvre. De Gaulle ne lui pardonna ni d’avoir eu raison pendant la crise ni de s’être imposé comme le « chef de la majorité ». Il le remercia du jour au lendemain.

Néanmoins, le Général se crut obligé de lui remettre une lettre où il déclarait :

Je souhaite… que vous vous teniez prêt à accomplir toute mission ou à assumer tout mandat qui pourrait vous être un jour confiés par la nation.

La traversée du désert de Pompidou après son départ de Matignon (10 juillet 1968) devait être brève.

A suivre